12 novembre 2006

Max

Max et Jim lâchent leur fou sur la piste de danse. Ils s’amusent ferme et ça se voit dans leurs visages. Parfaitement libres du poids des regards. Indifférents à la musique douteuse. Doucement intoxiqués par quelques verres de rhum. Je suis tout près avec M, Brutus et le berger. J’aime observer le manège des hommes dans un bar. Derrière nous, côte à côte, un blond et un grand brun à lunettes. Ils se guettent sans le montrer. Une conversation invisible des corps qui se cache derrière une indifférence ostensiblement démontrée. Le blond pianote sur son téléphone portable. Le visage éclairé par la lueur verte de l’appareil.

J’aperçois Axel à ma droite, seul. Je vais le voir. Je le présente à Brutus, au Berger et à M. Il reste là, à mes côtés. Je trouve la situation inconfortable. J’ai une envie soudaine de l’appuyer contre le mur et de l’embrasser. Et j’ai la vague impression que ça ne lui déplairait pas. Juste pour ça, je me retiens. Il veut qu’on danse. Je décline son invitation. Il insiste. Je résiste. Il part sur la piste de danse. Je me dis « ouf, je suis débarrassé. »

Je regarde Max qui danse loufoque sur un cube. Son plaisir m’attire. Il y a comme une absence de malice dans son sourire. La complicité les éclaire, lui et Jim. Je parcours du regard ses épaules, son dos, sa chute de rein. La Corona m’embrume assez l’esprit pour que je le détaille sans dissimulation. Il me sourit. Je m’avance. L’alcool me rend frondeur. On se présente. Il est « tactile », qu’il dit. Pas de problème.

Au vestiaire, près de la sortie, il me lance : — « J’aimerais bien avoir un amoureux. » J’enfile mon manteau : — « J’suis pas certain de pouvoir être un amoureux. » Au milieu de la nuit, je m’éveille à ses côtés. Je le regarde dormir, un long corps blanc, des fesses de statue grecque. Il rêve et son corps est parcouru d’un frisson. Il a un scorpion de quelques centimètres tatoué près de l’épaule. Je pense au scorpion qui squatte le blogue de poly depuis une éternité. Je n’arrive pas à dormir, j’ai chaud, j’ai froid, j’ai envie de lui encore, j’ai peur de le réveiller en bougeant sans cesse. À un moment donné, il va se rendre compte qu’il y a quelque chose qui cloche avec moi, que je suis complètement fucké. Au matin, il me regarde et sourit : — « tu vas pas faire ton gêné ? » Je me dis, ça y est. Il a trouvé ma tare. — « Mais je suis gêné! » Il se penche au-dessus de moi et m’embrasse avec douceur. C’est un doux. Il trouve que j’ai l’amour un peu féroce.

Pendant que Max s’affaire dans la cuisine, je fouine partout, je regarde ses livres, les photos sur les murs. Je trouve sur son bureau un bout de papier avec le prénom d’un garçon et un numéro de téléphone. Ses vêtements sont étalés sur le sol. Je me dis : « ah ! un emballage de condom » puis je me rappelle qu’il date de la nuit passée. Il y a un tube dans la poubelle de la salle de bain. Du faux sang, il a dû fêter l’Halloween.

On se raconte en prenant le café. Il vient de la Côte-Nord. Plus jeune, l’école ne l’intéressait pas. Il était sur le point de décrocher quand il a découvert la danse. Il a dansé pour quelques compagnies de danse contemporaine pendant une quinzaine d’années. Il s’est fatigué de ce milieu et est retourné aux études pour devenir infirmier. Il conjugue travail et étude et il recevra son diplôme dans quelques semaines. J’ai essayé son stéthoscope, je l’ai collé sur sa poitrine puis je l’ai embrassé en disant : — « Je vais voir quel effet je te fais. » Intérieurement, je me dis que c’est la catastrophe : il est vraiment intéressant.

Je vais rejoindre GP au 940. Je lui raconte la soirée et le rêve bizarre que j’ai fait. Mes dents cassaient et tombaient et je les mettais dans ma poche. Puis, je m’inquiétais de ne pas les retrouver. Selon lui, les dents symbolisent l’argent, la sécurité financière. Le café est bon. On discute de relation catastrophe. Il me raconte ce que lui avait dit une psychologue : on assimile à un moment donné dans notre vie que l’on n’est pas aimable et on passe ensuite notre vie entière à trouver les moyens de confirmer cette croyance. Je lui dis que ce n’est pas original. Il poursuit : la solution c’est d’expérimenter le contraire. En allant systématiquement contre nos penchants naturels. Aller vers l’inconnu est particulièrement inconfortable. C’est comme marcher au sommet d’une falaise. Sentir la peur signifierait que l’on est sur la bonne voie.

La théorie se tient, mais comment l’appliquer ? Comment faire taire cette voix intérieure qui attise constamment la panique ? Je ne peux empêcher les questions stupides d’affluer. Est-ce que je le rappelle ce soir, demain, dans deux jours ? Est-ce que je pousse pour que les choses arrivent ou je les laisse aller. Je me souviens d’une scène de La vie, la vie. Vincent a rencontré une fille qui lui plaît. Il demande conseil à Claire, sa meilleure amie : « D’un coup que ça marche, qu’est ce que je vas faire? » Elle le prend fermement par l’épaule et lui murmure à l’oreille :
« Là, tu vas sortir, la prendre par la main puis laisser les choses aller. On appelle ça : vivre. »

Commentaires

Je t'envie... et à l'image de ta conclusion te murmure : "vis !"

Écrit par : Eric | 12 novembre 2006

On se pose souvent trop de questions alors que tout est si simple devant nous.
Fais ce dont tu as réellement envie... Tu ne pourras pas te tromper :)
Clo xxx

Écrit par : Claudine | 12 novembre 2006

Quel joli prénom que ce Max!!

Écrit par : la-souriante | 12 novembre 2006

Va où la vie te pousse, C'est forcément juste, si tu le sens comme ça. Si c'est seulement la peur qui te retiens, alors fonce ! Tête baissée ! Tu te relèveras de toutes les façons et enfin tu sauras ! C'est ma politique, en tous les cas. Elle est difficile à appliquer et le contraire de reposante, mais c'est comme ça que j'avance dans ma vie.
Une phrase dit : "Entre deux chemins, choisi le plus difficile", c'est comme ça qu'on grandit et qu'on vit.
À une époque, j'avais une devie : ose et vis !
Bon courage et bon dimanche !
Bise...

Écrit par : Elena | 12 novembre 2006

A vivre sans risques
on vit à moitié
et pas envie de ça hein ?
t'as pas envie de ça ?
et quels risques en fait ?
aucun que tu ne connaissses dejà
tu connais et reconnais
tu en as fait le tour
les detours et les contours
vas
tu as le coeur assez grand..
t'embrasse
et t'envoie le soleil qui est là devanbt ma fenêtre

Écrit par : jeanne | 12 novembre 2006

@ Éric : Je te lis et je t’envie souvent aussi, alors on est quitte. (-;
@ Clo : C’est ce qu’il y a de plus compliqué, la simplicité ^^
@ La souriante : Prénom inventé pour préserver son anonymat. C’est vrai que ça sonne bien. (C’est aussi le cas du vrai prénom.) J’ai mis du temps à le choisir au cas où j’aurais à l’utiliser longtemps ici. (-;
@ Elena : Je trouve parfois qu’elle pousse un peu fort la vie (et dans tous les domaines en même temps), mais bon, je vais essayer de suivre ta devise. promis.
@ Jeanne : C’est vrai que j’ai fait le tour de ces détours, je les connais à fond. Merci pour le soleil. Ici, la pluie dure depuis de longues semaines. D’où vient toute cette eau ? Si c’était de la neige, on serait enseveli.

Écrit par : Pierre-Yves | 12 novembre 2006

Tente d'être assez honnête avec toi-même pour savoir ce que tu veux. Une fois que tu as fais le point, laisse-toi aller à tes envies. Tu verras bien ce que ça donneras. Et si tu as peur d'avoir mal, force toi à avoir encore plus peur de passer à côté d'une belle histoire. Et essaye de dédramatiser (je sais c'est dur d'aller contre sa nature!), dis-toi que rien n'est vraiment grave au fond, même l'amour.
Biz et que ton intuition te souffle les meilleurs choses.

Écrit par : Kitty78 | 15 novembre 2006

C'est bizarre, mais après avoir lu dans sa totalité ton billet, je ne peux m'empêcher de penser très égoïstement que je n'ai cessé depuis dix ans de chercher mon confort dans l'inconfort, il est vraiment temps je crois de creuser dans ce qui me paraît si inconfortable dans le confort!
Suivre son insticnt et son coeur sont souvent les rayons d'une vie (j'arrange un peu à ma sauce, pour l'occasion, une sagesse egyptienne!)

Écrit par : Olivier | 18 novembre 2006

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