24 octobre 2006
Première neige
Ce matin, j’ai entendu le cri de la corneille. Alors, je sais qu’elle viendra. Sur un autre blogue, j’ai lu qu’elle était déjà tombée sur Montréal et je l’aurais raté. La première neige, c’est toujours comme une légende urbaine. Je regarde le ciel en clignant des yeux. J’ai hâte que cessent les percussions perpétuelles de la pluie. J’ai besoin du silence de la neige qui estompe les rumeurs de la ville. Sa douceur sur la peau quand le vent tombe. Sa lumière irréelle lorsqu’elle est nouvelle.
Je me rends compte que l’été de fou que j’ai passé commence à me rentrer dedans et que ce retour à la case départ m’affecte plus que je veux bien le croire. Lorsque les soirées empiètent de plus en plus sur le jour, j’aime me tourner vers le passé. Revenir sur mes pas, remonter le cours de mon histoire. Fouiller dans les boîtes de carton, retrouver des cassettes et des photos. La mémoire me rassure.
C’est au temps de l’Halloween que j’ai goûté pour la première fois à l’écriture. J’avais rédigé dans un cahier un conte intitulé La nuit des fées. Dans un village, les habitants préparaient de grands feux de bois en vue de la nuit où le monde des vivants et des morts allaient, pour un court moment, communiquer. Au matin, les cendres volaient au vent. Deux enfants, fascinés par la musique des fées, étaient disparus.
Plus tard, je me souviens d’avoir gribouillé un poème sur le mur d’un café où je travaillais. Le Network Café, 1996. Le poème s’adressait à un dénommé Philippe, un étudiant en cinéma. À cette époque, je découvrais le jazz de Gershwin et je jouais avec les alexandrins…
Mes doigts à ta porte, éroder, grains de bois
Sèches larmes et eaux-fortes, souvenance aux abois
Les espoirs s’accumulent sous le masque poli
Et je prie pour la grâce, comme on danse pour la pluie
Un soir, il m’avait attendu dans la ruelle derrière le café, quelques roses sur le bras. Nous avions assisté à une projection du film Ascenseur pour l’échafaud dans un vieux cinéma. Jeanne Moreau qui erre dans Paris. Miles Davis qui improvise. C’était aussi l’automne et il faisait trop froid
Je range. Je change une ampoule brûlée. Je me prépare à l’hiver. Je ne prie plus pour la grâce. J’espère plus simplement la première neige comme on attend la paix.
00:00 Publié dans Au sommet | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, neige, hiver, cinéma, écriture, souvenirs




Commentaires
Qu'elle est belle cette note.
Merci.
Ecrit par : Juju | 24 octobre 2006
Oui, note très poétique, comme d'habitude...Merci pour moi aussi.
Ecrit par : Almeria | 24 octobre 2006
Il pleut des cordes, je change le bain des oiseaux, Alaska a rendu la voiture, je lis des mails, je lis ton billet, Alaska allume une lampe qui implose comme frappée par la foudre, entre-temps la verdure n'a pas failli.
Le retour, quoi...!
Ecrit par : Jonas de Dieppe | 24 octobre 2006
@ Jonas : il te faudra maintenant tout raconter...
@ Alméria : Je t'envie la mer et le soleil, ta fougue, ta verve. Je t'envie, bon.
@ Juju : Bienvenue. Je t'ai lu aussi et j'en garde encore des traces de sourire et de rire.
Ecrit par : Pierre-Yves | 24 octobre 2006
C'est toujours un grand plaisir de te lire. A+
Ecrit par : Marc | 25 octobre 2006
@ Marc : Merci d'être là. à +
Ecrit par : Pierre-Yves | 25 octobre 2006
Est-ce vraiment nécessaire de te témoigner encore tout le bien que j'en pense et le bien que me procurent tes écrits ? Oui, ça l'est !
Ecrit par : Eric | 25 octobre 2006
Difficile parfois de penser que l'hiver sera reposant... et paisible.
Mais attendons cette première neige. Elle calmera surement et remplira bien des trous... Merci pour tes mots.
Ecrit par : Joss | 25 octobre 2006
Quelle plume ! Monde poétique et mystérieux... journal intime mais très pudique...
Très beau !
Ecrit par : Elena | 25 octobre 2006
Quel plaisir et quelle douceur de te lire, Pierre-Yves!...
Cotonneux comme la neige, après cette pluie, qui comme tu l'as dit, a assez duré...
Toujours cette douceur, cette sensibilité, cette pudeur, cette émotion contenue au fil des lignes mais qui tout en même temps ressort plus encore...
Nostalgie et quelque espoir aussi se mêlent, dans cette transition entre l'automne et l'hiver, ce passage de la pluie à la neige, le passé et l'à-venir...
Et toujours un fond de musique, qui sied si bien à tes écrits...
Je te souhaite la douceur. C'est vraiment ce mot que je ressens du fond de mes veines, et je ne sais pas vraiment pourquoi...
Ecrit par : Olivier | 25 octobre 2006
@ Éric : Oui, ça l'est, toujours, tu le sais bien. ;-)
@ Joss : Qui sait ce que réserve l'avenir ? Tout ce qu'il y a de sûr c'est qu'après l'hiver viendra le printemps. D'ici là, prends soin de toi. Je t'embrasse.
@ Elena : Mystérieux ? J'aime bien. :-)
@ Olivier : Merci pour les souhaits de douceur et pour ton texte. C'est un très beau cadeau.
Ecrit par : Pierre-Yves | 25 octobre 2006
Encore une fois, tu m'enchantes dés le matin ...
Ecrit par : Indilou | 26 octobre 2006
Pourquoi il ne neige pas en Provence ? Dommage.
Ecrit par : buel | 26 octobre 2006
@ Indilou : Je VOUS enchante ? ;-)
@ buel : parce qu'avec la neige, il y a la boue, le verglas, les pieds gelés, etc...
Ecrit par : Pierre-Yves | 26 octobre 2006
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