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11 octobre 2006

Crépuscule

Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.

Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur...

Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.

Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.


Les baleines du Saint-Laurent

Commentaires

J'ai connu ces nuits. Comme si on ne maitrisait plus le cerveau qui s'emballe tout seul. Un flot de questions dont on ne connait meme pas les réponses. Elles déferlent sans meme les comprendre. Et on attend le sommeil. Et on se croit fou.

Ecrit par : buel | 12 octobre 2006

Peut-être que tu bosses aussi pour oublier tout le reste.
Remplir le temps ça empêche de trop penser.

Ecrit par : Indilou | 12 octobre 2006

J'espère pour toi des vacances prochaines, car à se rythme c'est vrai qu'on ne peut pas survivre bien longtemps...

Il doit y avoir un moyen pour que tu travailles un peu moins, peut-être est-ce l'organisation du temps?

Il faut travailler, mais il faut aussi en profiter ;)

Clo

Ecrit par : Claudine | 12 octobre 2006

J'ai dit "whaou !" après le point final.

Ecrit par : Jonas de Dieppe | 12 octobre 2006

Les baleines, ça se mange en sushi ?

Ecrit par : Pierre-Yves | 12 octobre 2006

Intestable en France, accords internationaux oblige.
Ce que je respecte.
Un filet de salive de dix mètres pendu à la bouche :)

Ecrit par : Jonas de Dieppe | 12 octobre 2006

Je te lis, et parfois, je vois, je sens, je tâte, je ressens
cette humidité d'eau de mer sur ton oreiller
mais le soleil séchera tout ça..
oui ...

Ecrit par : jeanne | 13 octobre 2006

T'as vraiment autant d'ennuis de fric ou bien?

Ecrit par : Almeria | 13 octobre 2006

Plaie d'argent n'est pas mortelle mais une sacrée épine au pied quand même. Souvent l'épine de trop. Allez, décrétons à tout hasard que ça finira par s'arranger.

Ecrit par : poly | 14 octobre 2006

dur dur la vie d'artiste

Un petit voyage te ferait du bien je pense!

@+

http://rachedelgreco.blogspirit.com

Ecrit par : el greco | 14 octobre 2006

@ el greco : merci de l’invitation.
@ poly et Almeria : J’ai toujours tendance à exagérer et à imaginer le pire. Je suis juste serré et très endetté. Si tout va bien, ça devrait effectivement s’arranger.
@ jeanne : si tu le dis, je te crois.
@ Jonas : Je suis contre la chasse aux baleines, c’est sûr. C’est juste ta note qui m’a mis ça dans la tête.
@ Clo : Il faut juste que j’apprivoise mes insécurités.
@ Indilou : Peut-être.
@ buel : J’irai boire un café dans la boulangerie aux murs orange brûlé.

Ecrit par : Pierre-Yves | 14 octobre 2006

Je ne veux pas mourrrrriiiirrrr avant d'avoir vu les baleines.

Ecrit par : Barbarian | 15 octobre 2006

@ Barb : Elles sont dures à voir les baleines et elles sont fatiguées d'avoir toujours des Zodiacs plein de touristes sur le dos. :-)

Ecrit par : Pierre-Yves | 15 octobre 2006

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