08 octobre 2006
Action de Grâce
L’avenue Mont Royal au soleil, au temps des couleurs. C’est la rue de Montréal où il y a le plus de beaux gars au mètre carré. Et ça se vérifie chaque fois que j’y passe. (C’est pareil pour les filles, y paraît.) Les enfants rient, la foule flâne en souriant pour le long week-end et les feuilles dorées virevoltent dans l’air.
Le soleil est bon comme un sourire sincère. Je viens de me faire couper les cheveux. J’ai dit au coiffeur que j’irais tester son travail sur l’avenue. Il a mérité son pourboire. 3 gars m’ont jeté un regard. Une grande blonde s’est même retournée et m’a fait un large sourire.
Je tourne sur de Lorimier, la rue que je préfère. Avec ces érables centenaires, ces hautes maisons de pierres zébrées d’escaliers en fer forgé. La rue descend doucement et tout au bout, on aperçoit le vert-de-gris du pont Jacques-Cartier. J’ai emprunté cette rue si souvent. Sous la neige, le vent, en courant, en transportant des fleurs, avec mon chien qui apprenait à marcher au pied. J’habitais en bas, D. habitait en haut, de l’autre côté du Plateau-Mont-Royal. Une longue marche pleine de sentiments et de souvenirs.
J’ai téléphoné à GP pour lui proposer d’aller prendre un café, mais il partait manger de la dinde de l’Action de Grâce dans sa parenté. J’arrête au Dollorama acheter un nouveau carnet. À la caisse, une petite vieille cligne des yeux dans son tablier jaune.
J’entre chez Maam Bolduc. Le restaurant aurait été ouvert par la sœur de la chanteuse dans les locaux d’une ancienne épicerie qui appartenait à leur père. C’est écrit dans le menu. C’est ici que l’on trouve la meilleure poutine en ville. J’essaie de me rappeler une des chansons de La Bolduc. Elle a fait carrière dans les années trente pendant la crise économique. Elle turlutait pour redonner de l’espoir aux Canadiens français : « …I’ pleuvra plus pantoute, pantoure. I’ pleuvra plus pantoute. La compagnie des parapluies va tomber en banqueroute !... » Le petit resto est un peu surchauffé par la cuisine, mais la terrasse déborde. Le service est sympathique. La musique vaguement reggae. Je prends un Bolduc gros déj avec des fèves au lard, des saucisses et du bacon. J’aime profondément cette ville plurielle et éclatée. Sentiment plutôt rare : Je me sens chez moi, parfaitement. Je voudrais que ces instants d’automne durent une éternité. Mais je sais que c’est leur nature éphémère qui fait leur qualité.
J’ai rejoint Axel, après son travail. On est allé chercher des cafés au café Rico. Il ne connaissait pas l’endroit, ça lui a plu. On a bavardé avec la serveuse de commerce équitable et de l’origine des cafés vendus en vrac. Je n’aurais pas pensé que ça l’aurait intéressé. On a marché à travers le parc jusqu’à un banc face au soleil. Ce n’était pas un flush-date comme je le croyais. On s’est expliqué, ça a brassé fort, mais on s’est accroché au dossier du banc de bois et on a discuté, encore et encore. On est différents. Il est comme un extra-terrestre pour moi. S’il me fascine autant, c’est que je dois avoir des choses à apprendre de lui.
Ça aurait été si simple d’en finir à ce moment là. Une belle finale dans les parfums d’automne. Pourquoi je ne peux pas détacher mon regard du sien ? Pourquoi quand je lui parle, j’ai l’eau qui me monte aux yeux et que je me lève pour aller jeter mon verre parce que je ne veux pas qu’il me voit rougir ? Pourquoi je deviens complètement allumé dès que je sens sa main sur ma nuque ? Pourquoi j’aime autant le goût de sa bouche ? Pourquoi j’écris tant de conneries et que je vire, le jour d’après, comme une girouette ? Pourquoi je ne peut pas m’arrêter de sourire en rentrant chez moi ?
09:25 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : jounal intime, gay et lesbienne, musique, amour, automne, montréal




Commentaires
Pourquoi ?
Parce que tu es amoureux peut-être ? : )
Ecrit par : Indilou | 08 octobre 2006
SMILE
prend tout ça comme ça vient, laisse toi faire!
c'est si doux quand la vie apporte quelque chose de beau.
le bonheur se goûte tout autant que la tristesse...
valentine
Ecrit par : bluevalentine | 09 octobre 2006
Il faudra que je déambule dans l'avenue Mont Royal un jour...
Ecrit par : poly | 10 octobre 2006
J'adore cette note. Aurais-tu peur de la fragilité conséquente à l'amour, Pierre-Yves?
Ouais mais en même temps c'est si bon ;-)
Ecrit par : Almeria | 10 octobre 2006
@ pierre : personne n'est obligé de me lire.
@ Indilou : ne dis pas de gros mot ! ;-)
@ Valentine : tu as raison : je veux goûter à tout.
@ poly : C'est un must. Si tu passes un jour par là, fais-moi signe !
@ Almeria : J'ai peur de tout. (Surtout de ce qui est si bon !)
Ecrit par : Pierre-Yves | 11 octobre 2006
Avenue MontRoyal... génial. Sur cette meme avenue, carré St Denis / Roy, trouve une petite boulangerie au nom breton, au mur orange-brulé, entre, prends un café et un gateau à l'orange qui se trouve à côté de la caisse, puis assis toi. C'est un doux cocon. C'est la boulangerie à ma soeur, je viens d'y passer quinze jours.
Ecrit par : buel | 12 octobre 2006
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