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01 août 2006

Dolce vita

Quelques oiseaux et le chant des cigales. Je suis étendu contre les racines d’un marronnier. Mes yeux s’égarent en chemin vers la cime. Entre les branches raides, les feuilles captent la lumière en couches successives. Je me perds dans ce vitrail subtil et mouvant. À chaque retour de la brise, le feuillage scintille en frémissant. La fraîcheur est une caresse. Comme si le bleu du ciel s’approchait pour m’effleurer.

Le roman de Guillaume Vigneault, Carnets de naufrage, posé tout près de moi, je ferme les yeux. Et je savoure la fluidité de ces mots qui s’effacent complètement pour laisser place à la vie et au désir. Je me dis que je ne saurai jamais écrire, mais ce n’est rien de grave.

Les insectes s’affairent avec urgence dans les effluves sucrés du trèfle. Une fourmi court sur ma page dans une totale indifférence puis se lance dans l’escalade d’un brin d’herbe. Rien n’a d’importance. Que la droiture du pin gris qui fonce, immobile, vers le ciel. Que le monarque qui bat de l’aile contre le vent.

On m’a dit qu’entre les lignes, on pouvait lire mon désir d’un amour fusionnel et un certain fatalisme face à son impossibilité. Ça me trotte dans la tête depuis quelques jours. Je n’y crois plus trop. Plus simplement, j’aspire à aimer la vie et à apprendre, comme le dernier des cancres, à me laisser aimer d’elle. C’est moins glamour mais plus près du réel.

De minces rubans de nuages ondulent au-dessus des bosquets d’épinettes ou de saules. Comme des versions diurnes de la Voie lactée. Quelques éclats de voix sont parfois portés par le vent, et se diluent dans l’immensité du parc Maisonneuve. Quelques mots de français, beaucoup d’anglais et un peu d’italien.

Un chien minuscule, le visage aplati avec d’horribles yeux globuleux, passe près de moi. Ils râlent, dégoulinant de bave. On dirait qu’il rit. Il frétille de bonheur en courant vers un couple aux allures gothiques. Allongé contre la terre, sous le ciel, la solitude n’a plus de substance. Rien n’entrave le cours de la vie. Il me faut poser le stylo, arrêter tout mouvement et m’étendre. Me gorger de soleil.


Guillaume Vigneault,
Carnets de naufrage, Éditions du Boréal, 2000


N.B. Je me la coule douce pendant que le monde brûle, ce n'est pas par inconscience. Tout passe. J'ai vu un érable prés de chez moi qui commence à rougir, signe qu'il a déjà perçu le déclin de l'été.

Commentaires

Bon ben si toi tu ne sauras jamais écrire moi je ne saurais jamais lire
Bien sur.

Ecrit par : BARBARIAN | 01 août 2006

C'est dur d'écrire...
ps: Je t'embrasse.

Ecrit par : PY | 01 août 2006

rien n'a d'importance....
je lisais le livre de robert Anthelme "l'espèce humaine" , qui dit dans une de ses phrases que les douleurs, les horreurs les plus extrèmes ne soulèvent meme pas un petit caillou...
l'indifférence du monde, parfois, est totale, et d'une violence...

Ecrit par : bluevalentine | 01 août 2006

Merci pour ton commentaire, il m'a vraiment fait plaisir. Mais je ne crois pas être capable de continuer à écrire et de dévoiler ce que je suis (?) à d'autres.

D'autant plus que ce blog n'est pas le premier que je crée, le premier ayant duré quelques heures...

... J'en conclue que je progresse... ;)

Enfin, merci en tout cas, et j'admire la sincérité et la sensibilité avec laquelle tu t'exprimes, je ne crois pas que je pourrais y parvenir

Ecrit par : Eiwazenh | 01 août 2006

@ bluevalentine: Je crois que l'indifférence des hommes est la pire de toutes. C'est la source de bien des atrocités. Il y a comme une paix, je dirais même une tendresse, dans ce monde qui suit son cours malgré nos laideurs et nos bêtises. qui nous attend à la sortie des souffrances... (Je voudrais la débusquer cette paix.) Je médite là-dessus.

@ Eiwazenh: On ne voit chez les autres que ce que l'on porte en soi. mais rien ne presse. Il faut vivre.

Ecrit par : PY | 01 août 2006

Ma pensée, en lisant ce billet, c'était : « Si tu ne sais pas écrire, je ne vois pas qui peut prétendre savoir le faire » ; je constate que Barbarian s'est fait la même réflexion ; ce n'est pas le nombre qui compte, mais de savoir que nous ne sommes pas seul à avoir perçu la même chose. Et, de toute façon, le sentiment de solitude, même s'il est parfois lourd à porter, ne signifie pas que l'on soit dans l'erreur.
Et ce mot de solitude me donne toujours quelque peu mauvaise conscience, car il me rappelle immanquanblement cette citation de Jean-Paul Sartre : « Un pauvre n'est jamais seul ; un pauvre qui est seul, c'est un riche qui n'a pas réussi. »

Ecrit par : Alcib | 02 août 2006

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