27 juillet 2006

27 juillet

Quand je voudrais que ça soit important, ça sort pompeux. Quand je voudrais être vrai, j’ai le réflexe des phrases toutes faites, des recettes. Il me faut constamment désécrire mot par mot.

C’est aujourd’hui un anniversaire qui n’en est pas un. Ni triste, ni joyeux. Il y a un an, une histoire d’amour s’est éteinte comme naissent et disparaissent à l’infini les étoiles dans l’univers. Comme sont emportées les feuilles mortes de la chanson de Prévert. Le sol a cédé sous mon propre poids et j’ai glissé vers l’abîme. J’ai marché pendant de longs mois en serrant dans mon poing des miettes de vie, des souvenirs heureux. J’arpentais les couloirs d’un labyrinthe, les paupières soigneusement closes pour ne pas voir la bête. Le choc n’en fut que plus violent. Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais seul, désarmé, honteux de ma léthargie. Les notes que j’ai publiées sur ce blogue sont l’un des appels que j’ai lancés à la chance. J’ai eu mal de lui, mais je ne suis pas mort de chagrin. Je ne suis pas mort, tout court.

Il a été le « il », quelquefois le « tu », de ces textes. Puis, petit à petit, il a cédé cette place aux gens qui sont apparus dans mon quotidien. Parfois, des vents de colère se lèvent quand je pense à ma vie actuelle et à la sienne. J’entends encore les pointes de son mépris. Et le silence étroit de son indifférence. Pendant presque une décennie, j’ai attendu qu’il lève ses yeux vers moi, qu’il me remarque. Je le voyais comme un bonheur qui pouvait tout guérir, qui pouvait consoler l’inconsolable. Il s’en va vivre à Toronto pour être gérant d’une épicerie fine. Il part avec F. qu’il a rencontré quelques semaines avant de me quitter. F. a 17 ans de moins que moi. Je pourrais être son père. Ils vont se refaire une vie là-bas, avec mon vieux chien et quelques-unes de mes affaires. Je me suis accroché à ma colère avec obstination, comme à une dernière relique. Mais malgré moi, elle s’est usée tranquillement sur le fil des jours, comme l’avaient fait avant elle, la douleur et la panique.

Je me tiens debout, face à l’avenir. Les pieds ancrés dans la terre. Le front droit, bien à l’aplomb des vents. Il y a une certaine solidarité entre les noctambules de l’aube. Des regards bienveillants passent au-dessus des épaules et des têtes que je croise chaque matin et chaque soir. Je regarde la lune voilée et inaccessible en murmurant des questions. Qui m’a aimé au matin de la vie, quand l’or des champs roulait en vagues blanches ? Quand le ciel n’était qu’un absolu ? Et je rêve toujours. D’où vient cette avidité ? Ce désir de voir des signes, d’interpréter et de maîtriser le monde avant qu’il ne glisse entre nos doigts ? Ouvrir la bouche pour goûter la pluie, s’abandonner à la brûlure du soleil, embrasser les larmes. Je voudrais dire, et dire encore. Dire à la foule, dire à moi-même et dire à Dieu.

Je suis l’infidèle, l’homme de personne. Un de plus parmi la multitude, ou un de moins, c’est selon. À la fois, libre et souverain, mais sans papiers, ni trésors. Comme la face du fleuve, je prends les couleurs du jour ou du soir. Comme les grandes eaux, je roule dans mon lit en érodant les pierres. Sans savoir vers quel golfe ou quel fjord, j’avance, sans faire de bruit.

Commentaires

Tu voudrais dire et dire et je ne sais quoi dire et redire...
Pour une fois je la ferme.
Je voudrais te faire rire.

Ecrit par : BARBARIAN | 28 juillet 2006

je suis simplement , tendrement, douloureusement émue...

Ecrit par : jeanne | 28 juillet 2006

J'ai été fidèle à un fantôme pendant si longtemps. Je croyais que tout était usé, mais il en reste encore. J'ai mal dormi. Je sais pas, la chaleur, peut-être. Il m'arrive encore de rêver que je suis à l'hôtel et que je veux rentrer...

Ecrit par : Pierre-Yves | 28 juillet 2006

Ces lignes me touchent beaucoup. Tu es vivant. "Il faut bouffer la vie à pleine dents pour le peu qui nous reste à vivre. Quand on sent, on pense, quand on pense, on ressent..." J'y pense, souvent.

Ecrit par : Eric | 28 juillet 2006

Heureux celui qui a un amour à se rappeler. Le fantôme aura au moins été réalité. Pour ce qui est des jours à venir, continue de te "tenir debout, face à l’avenir. Les pieds ancrés dans la terre. Le front droit, bien à l’aplomb des vents."

Ecrit par : GP | 28 juillet 2006

Les affections radicales seraient de nature ectoplasmique, spectres lactescents embués d'un rien de cyanure, on les traînerait comme des crises chroniques de palu et génétiquement ce ressassement des langueurs modifierait la croissance de notre personnalité. Nous serions des irradiés de l'amour.
Ne plus faire de bruit alors signifierait simplement marcher dans une église, notre église intérieure, notre chapelle ornée de portraits chers au coeur. Plus qu'un malheur il s'agirait d'un don, d'une faculté, d'un rôle, le nôtre.
Nous ne serions ni le fleuve, ni les cieux, mais la couleur des cieux réfléchie par la surface du fleuve, cette forme impalpable et indicible de combinaison, de nulle part intangible, comme une subtile interface.
Et bien entendu, nous aurions parallèlement soif de sortir de ce monachisme. Même la dévotion génère de la résistance : rien n'échappe aux lois de la physique.

Ecrit par : Jonas de Dieppe | 28 juillet 2006

@Jonas : J’ai eu droit hier, dans une soirée, à une réaction comme celle du troll au petit bandana bleu. Je me suis fait dire que mon blog c’était de l’exhibitionnisme, que c’était presque indécent. (Il m’a dit aussi que je faisais des fautes d’orthographe et de syntaxe). L’inertie est particulièrement puissante chez moi et le monachisme, je le refuse de toutes mes forces. Bref, je ne croyais pas que ce texte allait susciter autant de réactions, autant chez les autres, que chez moi. Je continue de méditer là-dessus…
@GP : Heureux ? Je suis pas sûr, mais en mouvement, en tout cas. C’est déjà ça ! Je t’embrasse.
@Éric : C’est probablement ce que je souhaitais : te toucher. Je n’ai pas trop le besoin de mordre dans la vie. C’est elle qui vient à moi, et qui m’embrasse à pleine gueule à chaque jour, souvent malgré moi. Merci pour ton commentaire.
@Jeanne : Merci pour la tendresse, désolé pour la douleur. Ta réaction a déclenché la mienne. Quand j’ai écrit ce texte, je ne savais pas trop ce que je voulais dire.
@BARBARIAN : Tu m’as fait rire si souvent. Dans tes textes ou quand je te croise sur les blogues des autres. Ça me fait beaucoup de bien de sentir que le monde est si petit. (Mais ne m’appelle plus mon tout doux, c’est insultant à la fin! Je suis pas un doux, je suis un dur ! OK ? ;-) )

Ecrit par : Pierre-Yves | 29 juillet 2006

*peur*
Pas taper Pierre-Yves steuplé hein?
Mouhahahaha.....
Humpf
J'allais dire "je t'embrasse"
Désolada....

Ecrit par : Barbarian | 30 juillet 2006

Et puis merde...
Vous êtes deux trois quatre comme ça
Mes toudous
C'est comme ça.

Ecrit par : Barbarian | 30 juillet 2006

OK d'abord. :-) Je t'embrasse.

Ecrit par : Pierre-Yves | 30 juillet 2006

Un bisou parfumé à la lavande et à l'eau de piscine. Sous le ciel bleu de Provence où je me refuse ce matin à être triste à te lire. Encore un peu...

Ecrit par : Victor Lamb | 23 août 2006

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