18 juillet 2006

Le Puceau

Je rentre du travail. Je marche dans la poussière. Des sauterelles aux cuisses fauves rebondissent devant moi en me fixant d’un œil torve. J’ai perdu le fil de mon histoire. Je crois qu’il a fondu. Quand les portes du métro se sont ouvertes ce soir, je suis resté collé au fond. J’essaie de ne pas trop penser pour ne pas provoquer de surchauffe. Je regarde les visages rouges et trempés et j’ai juste envie de déconner. Dehors, l’horizon s’est liquéfié.

C’est la nuit. Je pédale, au-dessus de l’asphalte brûlant. Au bout du boulevard, le mont Royal frissonne de fièvre. Je brûle les feux. Les rouges m’allument. les verts me narguent. Je sens la chaleur de l’acier des pare-chocs qui me frôlent la sandale. J’ai la carcasse qui plaît semble-t-il. La viande, sans plus. Mais ce soir, elle se fait secouer, la carcasse, par tous les nids de poules que je n’ai pas le temps d’éviter. Qui sait si je ne cours pas vers un crash ? Mais le vent me grise. La ville respire. J’ai balayé les bleus sous le tapis. Une goutte de sueur se balance au bout de mes cils. Je chauffe sa bécane. Je m’en vais le retrouver.

Je vois (non) Je fréquente (non) Je baise (...?) (les mots sont dangereux) un gars qui a une peur panique de faire naître chez moi des faux espoirs. Heureusement que les chemises de soie, ça glisse bien. Il m’a dit que je baise comme un puceau (!). Les mauvaises langues comprendront que je baise comme un pied. Mais je préfère le prendre comme un compliment. Ma libido était partie sur un nowhere sans donner de nouvelles pendant presque une année. Son retour même bancal est un phénomène festif. Je suis maladroit comme un ado, les angoisses de la puberté en moins. paqueté à exploser, hautement inflammable, incontrôlé. J’ai pourtant du vécu. Même si, paraît-il, ça ne se voit pas trop. Merci l’Oréal Men expert. Je vais sortir mes cartes d’identité, la prochaine fois que je croise un portier. Juste au cas. Je te jure, mon homme, je suis majeur! Bon, ok, je rêve. La foule court d’un climatiseur à un autre en se pressant pour ne pas trop cuire en chemin. Je roule mes manches puis je roule des épaules, la peau blanche comme la neige. À mon tour de défier le soleil. Un coureur aux allures de boxeur vient dans ma direction. Je révise mes notions de bouche-à-bouche au cas où il ferait un infarctus. Insolation. Coup de chaleur? Faut pas courir par un tel temps. Il me dépasse en plissant les yeux et fronçant les sourcils comme s’il retenait un orgasme.

J’aime bien la canicule, finalement. Ça me dilate les pores et ça me fait taire la cervelle. Il y a un fuzz dans l’air de la ville qui distord la réalité. L’été s’ouvre comme une fleur, psychédélique.

Commentaires

Moi aussi, je veux être puceau again... And cute, cute, and stupid as way! ;-D

Ecrit par : NightCrawler | 18 juillet 2006

C'est le vélo P.Y, ça rend tout mou, c'est pour ça que j'hésite à m'en acheter un, peur de devenir un trop mauvais coup...

Ecrit par : BARBARIAN | 19 juillet 2006

J'ai peur de faire naître pour l'autre de faux semblants de sentiments. Je sais pourtant que je suis bien, que tout est simple... "Que les Bois sont bien Blancs selon Manuel..." mais il faut que je vide mon esprit de pourritures pour penser, oui peut-être, comme un puceau.

Je t'embrasse.

Ecrit par : la mouche aux maux sur la voie de la guérison | 19 juillet 2006

@Nighty et Barbarian : « cute, cute, and stupid » : je veux bien. Mais « tout mou. » Ça alors, non ! Un puceau, c’est tout le contraire ! N’hésite plus Barbarian. Les cyclistes ont la fesse dure. Non, dure c’est pas le mot… galbée, ferme, rebondie ? Bref, essentiel à tous bons coups dignes de ce nom ! ;-)

@la mouche : Rien n’est simple. La solution serait peut-être d’arrêter de penser et de laisser aller la vie où elle veut bien aller. Se fermer les yeux, prendre une grande respiration et se dire que tout va bien. Je t’embrasse.

Ecrit par : Pierre-Yves | 19 juillet 2006

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