12 juin 2006
Le bois dormant
« Séroconcordance, sérodiscordant, sérotriage », des mots cicatrisent sur l’écorce des saules. Vides de sens. Les troncs torturés s’enfuient au-dessus de la rive. Reste l’effroi qui rôde. Cette peur de transmettre la mort à celui qu’on aime. Le poids du silence que l’on s’obstine à porter. Une colère lancinante qu’on ne veut surtout pas partager, que l’on enferme dans une tour. J’ai été amoureux fou. J’aurais tant souhaité que cet amour soit pur et sans tache. N’était-ce qu’un rêve d’enfant-roi? Un excès d’arrogance? Un égoïsme de monstre?
La solitude est de l’amour qui dort, pesamment, bruyamment. J’ai souvent peur de ressembler à ces hommes que je croise parfois, en marchant pieds nus sur les branches. Des ogres pleureurs, des drags Carabosse. Hérissés et agrippés à la dureté du monde. J’ai peur de devenir comme eux moi qui suis déjà si peu fréquentable.
Le vent tombe dans la plaine. Abandonnant une tristesse uniforme et sans remous. Le ciel est immense, crème mordorée par la fin du jour. Quelques pincements d’inquiétudes s’éparpillent au hasard. Que deviendra-t-il? Que deviendra-t-elle? Que deviendrez-vous? Le fleuve joue les miroirs fades et les îles de Boucherville se referment sur leur pudeur ombreuse.
19:50 Publié dans Au sommet | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Gays et lesbiennes, séros et positifs




Commentaires
Est-ce du néant dont tu parles ici, ou d'un calme trop apparent pour ne pas cacher des dizaines d'Alfredo? -- Lève ta tête au-dessus de ces champs putrides et de ces zigzags angoissés de la vie (ou plutôt de la mort) urbaine. Tu verras dans un proche lointain la vallée riche où tu pourras faire résonner ton rire. Reviens vite de ces vertiges!
Donne-toi ce qu'il faut d'amour pour réveiller en toi ce qui dort et ce qui ne peut pas se révéler autrement; ce que tu as enfoui sous la poussière du non au bonheur et à l'amour. Le temps presse! Il disparaît entre nos doigts comme un mirage s'efface quand l'homme du désert a bu, enfin, à la fontaine de l'oasis mille fois désiré et mille fois évanoui.
Fais de doux rêves et que la nuit te berce.
Le berger
Ecrit par : Le berger | 12 juin 2006
Faute de voiture (de permis de conduire) je longe quotidiennement le caniveau à vélo à mes risques et périls, rétroviseurs et pare-chocs sont devenus fous de nos jours, queues de poissons, portières soudaines. J'ai des vices : le whisky, les 40 clopes entre aube et crépuscule - un cocktail à vous assommer une mule ! Quand je quitte la résidence je sais d'avance que je vais ne rejoindre personne, par un fatal mystère Dieppe ne m'a pas offert d'amis. Et puis le stress, le qui-vive, à cause de l'homosexualité des regards, des gestes, des mots. La liste n'est pas si mesquine présentée à un séropo. Tout peut s'interrompre demain pour qui que soit, ou alors d'abord pour les bois les plus tendres, toi, moi, lui, je ne sais pas, le destin, la fatalité, écrivons-tous les mots possibles, la vie regorge de nuances et de décisions imprévisibles, vraiment, rien ne détermine, ou tout, je ne sais pas, je devine juste qu'il faut continuer de vivre en paix, de continuer de s'élargir pour vivre en paix. Je suis comme toi séropositif à la peur de la disparition, à la peur du désamour, de la péremption, de la douleur minante, et comme toi je suis sérodiscordant d'avec l'idiotie des répulsions, des jugements sous cellophane. Tu as la peste ? Mais la peste, camarade, quelque soit son genre, sa publicité, tracasse, menace quiconque sait contempler un soir, un déclin de printemps. Tiens, par exemple, j'ai épousé un hétéro, depuis seize je le contrains à vivre notre couple, ses hauts, ses bas, et souvent à son égard je me dis : "Dans quel genre d'existence l'ai-je embarqué ? Ai-je tué son épanouissement ?" Je ne crains plus ma tristesse depuis des lustres, et je n'ai pas encore atteint l'hideux stade de ceux qui machinalement ont réponse à tout. L'amour possède des ressources que nous ne maîtrisons pas, le reste n'est que blablas temporaires...
Ecrit par : Jonas de Dieppe | 13 juin 2006
Là c'est la raison sans doute qui parle mais toi tu es rempli de bonnes intentions, de désirs, de vouloir-bien-faire, de vouloir-pas-faire-mal, de pouvoir-aimer, de ne-pas-déchoir. Entre la raison et l'amour de soi ou pour soi, je choisirai de ne pas rendre mon pouvoir au service des autres avant les miens.
Nous ne sommes qu'un abreuvoir où il faut absolument ne pas faire à ce qu'elle se tarisse, pour cela il faut revenir à la source (toi qui est ton moi) toujours et pour toujours, ne penser à ce qu'elle déversera que quand elle le déversera (sans être inconscient bien sûr). Il faut laisser les affluents quand nous les rencontrerons mais pas avant...
Je t'embrasse.
Une mouche qui t'apprécie pour ce que tu es, dans ton entière sincérité.
Ecrit par : la mouche de poche intriguée | 13 juin 2006
Pour avoir choisi de ne pas garder le silence, ce virus m'a permis d'en apprendre pas mal sur moi-même et aussi, rarement mais assez violemment, sur la stupidité ou méchanceté humaine. Un diction grec dit : "la langue n'a pas d'os mais elle brise les os". Heureusement, si le tronc est en bois tendre l'écorce est plus dure qu'avant.
Ecrit par : polymorphe | 13 juin 2006
@Poly : Curieusement, ce virus m’a fait naître. Il m’a obligé à m’ouvrir les yeux devant moi, à chercher un sens à ma vie. Il a secoué ma torpeur. Il m’a appris à dire non. À chercher de l’aide. À m’arrêter. C’est bête. Les mots peuvent être une arme à double tranchant. Mais ils me brûlent et j’ai parfois envie de jouer à l’apprenti sorcier. Quitte à me casser le nez (qui lui a un os) À +
@La mouche : D’abord merci de ta présence et de tes commentaires. Pour ce qui est des bonnes intentions. On dit que l’Enfer en est pavé. Je sais pas si c’est vrai. Je t’embrasse en rougissant un peu.
@ Jonas : Oui. Tu devines juste. Je veux bien croire aux ressources de l’amour (avec un petit a quand même) et je suis vraiment heureux que tu saches aussi bien contempler les déclins de printemps et nous les faire partager avec autant de lumière. (sois prudent en vélo et mes salutations à ton homme.)
@ Le Berger : Faut pas t’inquiéter si j’écris sombre. Si j’arrive à relancer mes côtés les plus noirs, c’est que le moral est solide. Des centaines d’Alfredo ne m’ont jamais vu les yeux, ils regardent trop bas. De toute façon, j’aime pas les pâtes blanches ! ;-) Bonne nuit!
Ecrit par : Pierre-Yves | 13 juin 2006
En pleine nuit je te lis, une insomnie passagére, une inquiétude. J'écoute Léonard Cohen parfait pour ce moment entre deux jours.
Ecrit par : Marc | 10 septembre 2007
@ Marc : Dors bien.
Ecrit par : Pierre-Yves | 10 septembre 2007
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