10 juin 2006

Presque Poz

C’était un grand métis. Cheveux frisés serrés, un accent anglais chantant, mais pratiquement incompréhensible, qu’il compensait par des gestes larges, un sourire et des yeux expressifs. Je dis à ma sœur : — « Il est vraiment beau le serveur. » — « Presque. », qu’elle répond en levant son verre.
C’était mon anniversaire jeudi dernier, un cap toujours difficile à franchir. Je n’aime pas trop le fait de vieillir, mais ce n’est pas ce qui fait mal. C’est plutôt les attentes déçues qui s’accumulent. L’état des lieux de mes relations qui me décourage. Nous sommes allés manger dans un resto de la rue Saint-Denis. Mon père et sa blonde, J., D. et moi. Un verre de Cosmopolitan, Mesclun émaillé de sésame, fondue au fromage au poivre rose, fondue bourguignonne parfumée et fondue au chocolat généreuse. On s’est empiffré et on a bu du vin rouge pour combler les silences. J’étais ailleurs.

Des messages sur le blog, mais pas sur le répondeur. Il y a mon ex qui ne m’a pas téléphoné. Si je pouvais m’imaginer qu’il le faisait parce qu’il m’en voulait, ça mettrait un peu de mélos dans ma vie. Mais je suis sûr qu’il n’y a même pas pensé. Même pas une seconde. Il y a l'anti-virus de son nouveau chum qu'il m'a refilé, qui ne fonctionne pas sur mon ordinateur piraté. Et les virus qui sont en train de me bouffer le disque dur.

Heureusement qu’il y a la musique. Celle de Pierre Lapointe qui me blaste complètement par son génie. Je voudrais que son dernier album, La forêt des mal-aimés ne finisse jamais.

Vendredi c’était le premier anniversaire des party Poz. Une soirée « séropositif friendly ». Une brillante initiative de quelques gars de Montréal. Le bar était plein et d’immenses colonnes de ballons disparaissaient dans le plafond. La piste de danse croulait presque sous les secousses et les sourires.

Il y a ce bel idiot qui ne m’a jamais donné de nouvelles. Il y a C. Je savais que je le verrais là. Je l’avais rencontré à l’une de ces soirées. Je me disais qu’une relation séroconcordante serait plus simple. Ce n’était pas le cas et ça demeurait un sujet délicat. On s’était téléphoné plusieurs fois. Il était gentil, mais toujours débordé, on ne s’était pas revu. Et je tenais à ce qu’on se reparle. Juste pour que l’on ne reste pas sur un malaise. Je lui ai souri et j’ai reçu un accueil assez glacial. Je voulus lui parler malgré son air distant. Il m’a répondu avec indifférence avec presque une pointe d’agressivité. Malaise il y aura donc.

Heureusement, il y avait une ambiance réussie et un chœur d’hommes qui a fait trois chansons. Ils étaient beaux à voir. On ne pouvait s’empêcher de sourire en les écoutant chanter du Madonna en faisant de petites chorégraphies. Mais j’ai bu comme un puits sans fond, bières et shooter de Sambuka, et j’ai un mal de bloc. Et il pleut comme à tous les week-ends. Je m’accorde le droit de me plaindre, c’est ma fête. Peut-être suis-je trop exigeant. J’essaie tant bien que mal de mettre des couleurs sur ma presque vie. Ça ne fait pas une très bonne histoire, mais il y en aura d’autres…

Commentaires

Bonjour, là, bonjour,
Oui, suite à ton commentaire récent, mes brebis n'ont rien à craindre et peuvent gambader en toute liberté dans la montagne de mes rêves, puisque dans le processus de ponçage d'aspérités que j'ai entrepris je me vois déjà doux comme un agneau.

Ton anniversaire, oui... je ne t'en ai pas parlé. Je lis, dans ton dernier texte, que tu tends vers un arc-en-ciel plus coloré. Ce lien entre la pluie et le beau temps va se tisser.

Mon Poz à moi? -- Découverte d'une camaraderie qui s'installe (je veux bien y croire!) entre toi et moi, et avec les autres larrons qui participent à notre foire. Et ce n'est pas une foire aux cancres, je peux te l'assurer, cette descente dans nos inconscients respectifs.

En terminant mon commentaire, je t'offre ces vers de Constantin Cavafy:
Et ce soir, enfiévré, il jette sur son lit
toute sa belle jeunesse brûlante de désirs,
sa belle jeunesse en proie au bel élan des sens.

Je suis le berger qui laisse aller ses brebis au gré de pâturages de plus en plus verts...
xxx

Le berger

Ecrit par : Le berger | 10 juin 2006

"J'ai un mal de bloc" : je ne connaissais pas l'expression et je l'utiliserai dès que l'occasion se présentera (comme un puits, moi aussi, parfois).

Ecrit par : poly | 10 juin 2006

Je préfère ne pas croire qu'une relation basée sur la séroconcordance puisse simplifier quoi que ce soit dans l'affection entre deux personnes...

Ecrit par : Jonas de Dieppe | 11 juin 2006

@Le berger ═> Bien content pour toi. La lumière que tu cherches tant, je l’ai vu dans tes yeux. Pour ce qui est des vers, le bel élan des sens, je ne me sens pas trop concerné!

@Poly ═> L’expression rend bien l’impression du lendemain de veille. J’ai été incapable de boire pendant longtemps, comme ça revient, je vais vers l’excès inverse. J’ose espérer que c’est passager.

@Jonas ═> Je préfère aussi. Mais j’expérimente, j’essaie de trouver. J’ai été pendant 9 ans et un mois (Il n’aime pas que je dise 10 ans) dans un couple sérodiscordant. Ce n’était peut-être pas ça le problème. Probablement que ma façon de vivre, ou surtout de ne pas vivre les choses, nous a petit à petit éloigné l’un de l’autre. Il a fallu qu’il me quitte pour que je me pose toutes ces questions.

Ecrit par : Pierre-Yves | 11 juin 2006

J'ai moi aussi quelques difficultés avec des termes comme "sérodisordance", "sérochoix" ou, pire encore, "sérotriage". Parce que pour moi, ce virus n'est pas - et n'a pas à être - au centre d'une relation. quel que soit le statut sérologique. Sinon, mal de bloc bien mérité (-;

Ecrit par : poly | 11 juin 2006

tout à fait d'accord avec Poly...

Bien à toi

Ecrit par : la mouche de poche intriguée | 13 juin 2006

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