26 mai 2006

Love and devotion II

Un coin de rue plus bas, dans un Bed & Breakfast. Une vaste chambre avec deux lits. Dave tombe dans le 2ieme. Je me lance sur lui en me mordant la lèvre. Mark vient nous rejoindre. Le poids des corps s’additionne. Les mains se baladent. Ma ceinture se détache. C’est à ce moment que je commets la première erreur. Je lance : — « I have to take a shower. »
Je sors de la douche vitrée, prend l’une des deux serviettes en me demandant à qui elle appartient. Puis j’ai un moment d’hésitation avant d’ouvrir la porte de la salle de bain. Qu’est-ce qui m’attend dans la chambre ? Devrais-je sortir rhabillé ? en serviette ? Sans ? Je ramasse mes vêtements, mets la serviette trop grande autour de ma taille. Dave est endormi sur le côté. Marc est assis sur l’autre lit. En camisole blanche immaculée, un slip signé, blanc et rouge. Il me dit quelque chose, son mari dort. Je m’assois à ses cotés, l’embrasse, la serviette s’enroule dans les draps. Ma langue s’accroche au coin de ses lèvres. Mes mains s’agrippent aux fesses.
Ma bouche descend vers le nombril. Une sensation de velcro me révèle un rasage récent. Il me retient. Je lève les yeux vers son visage :— « No ? » Il dit à voix basse — « Safe sex only. » Je souris. — « It’s perfect for me. » Je l’étreins, prend du recul pour mieux le voir — « Where’s your condoms? » Deuxième bourde : Ne pas avoir de condoms sur moi. Les préservatifs sont dans la voiture. Je lui demande de courir les chercher. Il rechigne. J’insiste. Il se lève. Troisième erreur qui allait tout gâcher. Je borde Dave qui dort toujours, et je m’étends tout contre lui. Ma main glisse de son bras jusqu’à son épaule. Mark trouve son trousseau de clefs. Dave s’éveille brusquement, me regarde en plissant les yeux, regarde Mark — « Where do you go? » Avec une voix où se mêlent la panique et le reproche, Dave s’adresse à son mari comme si je n’étais pas là. Il parle vite et je n’arrive pas à suivre. Il dit qu’il a un terrible mal de tête. Il reproche à Marc « to have sex with someone else » pendant qu’il dormait. Le ton que prend la discussion me donne envie de changer de lit. Mark répond par la négative avec un rire pas trop convaincant. À cet instant, il me rappelle mon ex quand il s’embrouillait dans ses mensonges. Je m’installe dans le lit d’à côté en soupirant. Je sens poindre une certaine colère. Mark s’est assis sur le bord du matelas, la tête dans les mains. Dave se retourne contre l’oreiller. Je n’ai pas saisi littéralement ce qu’il marmonne, mais c’est quelque chose comme « dis-lui de partir. » Il doit être 5h. Toutes mes envies se sont envolées depuis longtemps. Ne reste qu’un ardent désir de dormir. Mark : — « I’m really sorry ». J’ai un caractère bonasse qui est comme une maladie. Je dis que je comprends, que je vais partir, que c’est OK pour moi. Je me rhabille prestement devant Mark, l’air catastrophé. Je m’avance jusqu’à Dave le visage dans l’oreiller. Je l’embrasse dans le cou — « good nigt. » — « Sorry » qu’il me répond, sans se retourner. Mark vient me reconduire à la porte du B&B. Une certaine frustration sourd en moi quand j’essaie d’attacher mes souliers. Je lui donne un baiser rapide du bout des lèvres.

Je sors. Le ciel commence à pâlir et s’élève au-dessus de la ville. Mon portefeuille est vide. Pas question de prendre un taxi. J’ai assez dépensé cette nuit. De toute façon, marcher un peu va me faire du bien. Le fond de l’air est frais. Quelques hommes saouls errent sur le trottoir. Je traverse le quartier Hochelaga, toujours inquiétant à cette heure. Puis je marche sur Sherbrooke. Quand j’arrive chez moi, il est près de 5h30, le soleil est debout derrière le voile des nuages et les oiseaux pépient à pleine voix.

Épilogue
Le lendemain, au téléphone, M. me raille : « Je le savais que t’étais une briseuse de ménage ! » Je l’ai bien ri celle-là. Bon, ceux qui me lisent régulièrement doivent se dire. Y’aura-t-il une histoire qui aboutira un jour ? C’est aussi ce que je me dis. I’m really sorry. Ça arrivera bien en son temps. J’ai revu les deux Néo-brunswickois sur la rue le lendemain qui prenaient le soleil pendant une courte éclaircie. Ils avaient l’air réconcilié si il y en a que ça inquiète.

Commentaires

"Y’aura-t-il une histoire qui aboutira un jour ?" Probablement, à condition, peut-être, de passer par une petite sélection et de privilégier les célibataires. Toujours sur une thématique "Bear" il existe un site de rencontre international et gratuit qui pourrait sûrement t'intéresser : http://www.bearwww.com/

Ecrit par : SLC | 28 mai 2006

Je sais bien que je ne suis pas trop sélectif. Même si je joue les tombeurs dans mes textes comme dans la vie. Je suis toujours convaincu que je ne suis pas à la hauteur. En fait, je me dis que juste passer la nuit avec quelqu'un ce serait déjà un gros progrès. Ça m'est arrivé une fois depuis que je me suis séparé, il y a un an. C'est probablement ce qui me manque le plus. Dès qu'on s'intéresse à moi, je m'accroche à chaque petit bout d'intimité que l'on m'offre, même si c'est avec un couple de passage. Je sais bien que je devrais me concentrer sur « célibataire/plus de 30 ans/capable de vivre avec le fait que je sois positif ». Je veux bien croire que ça existe quelque part.

C'est vrai que l'on sent davantage la solitude dans la ville. Moi aussi, je ne me sentais jamais seul quand je marchais dans les champs pendant que mon chien faisait la chasse aux lièvres. Mais cette campagne, la seule que je connaissais, c'était le monde de mon ex-copain, sa famille, ses amis, ses souvenirs. Trop chargée d'images qui font mal. Plus facile de refaire sa vie dans une ville. Et Montréal c'est une ville que j'aime passionnément. J'ai choisi d'habiter près d'un jardin et d'un immense parc pour avoir à ma portée un peu de nature. (et j’y ai trouvé quelques amis sans qui je n’aurais pu traverser les moments les plus noirs des derniers mois)
Merci de ta visite!

Ecrit par : Pierre-Yves | 28 mai 2006

C'est dans ce parc immense, que tu rencontreras l'autre... Et si tu te procurais un autre chien (Il est encore avec toi celui dont tu parles ?), une petite boule d'affection qui te permettrait d'en saisir une plus ... Charnelle ...
Les sorties avec le toutou, très souvent, ça motive les contacts !

Ecrit par : SLC | 28 mai 2006

C'est mon ex qui a la garde du toutou. C'est une vieille husky et je suis pas sûr qu'elle se plairait dans mon minuscule appartement. Même si elle dort beaucoup. Je n'aurais pas beaucoup de temps à lui consacrer. Mais j'y pense souvent. Sa bonne humeur, son énergie me manque tout le temps, comme ses mauvais coups et ses sourires stupides (oui oui, c'est un chien qui sourit !) Shanouk, C'est son nom.

Ecrit par : Pierre-Yves | 28 mai 2006

Un jeune homme de 23 ans aussi ça peut se trouver...

Ecrit par : la mouche de poche | 29 mai 2006

C'est sûr ! Si en plus il est brillant et doté d'un regard brûlant, il aura littéralement l'embarras du choix. Y'a pas de presse...(-;

Ecrit par : Pierre-Yves, le vétéran | 30 mai 2006

euh je parlais de moi, je n'est pas le regard qui brûle moi lol si? bon ben adjugé, vendu lol l'embarras? je veux pas être embarrassé lol Le choix oui mais sans faire le tri aussi lol

Et puis, vétéran depuis quand hein?

Ecrit par : la mouche de poche | 30 mai 2006

(-: Je voulais pas l'embarras, enfin... peut-être un peu. Faut pas s'en faire avec ça, j'ai l'imagination galopante. Vétéran c'est pour rire. Y'a un gars dans un bar qui m'a dit "prends-les pas personnels mais, t'es trop vieux" je l'ai pris au sérieux. (Même si en fait, c'est lui qui étais trop jeune (je dirai pas l'âge qu'il avait)). 36 ans de combat! paraît que les hommes atteignent le top de leur forme physique autour de 21 ans, alors...

Ecrit par : Pierre-Yves | 30 mai 2006

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