07 mai 2006

Sept fois Marc-Éric

Marc-Éric est un homme-enfant qui s’est perdu dans la ville. Un sourire désarmant lorsqu’il lève la tête au-dessus de l’eau du bain. La mousse dans ses cheveux qui fleurent la vanille. Des yeux verts qui vous transpercent comme une flèche dès que l’on s’intéresse à lui. Le jour, il travaille sur la construction. Marc-Éric est un vrai homme. Ses mains portent les cals de la perceuse et du marteau. Il fume du hasch en travaillant. Son boss le sait, il en rit, Marc-Éric est un employé plus performant quand il a fumé. Il affiche un sourire immuable et n’est pas trop à cheval sur la sécurité.

La nuit, il est escorte. Prostitué de luxe. Il se sent beau. Il connaît son pouvoir, autant sur les hommes que sur les femmes. Il est polyvalent et s’adapte à tous les désirs de ses clients. Tout a un prix chez Marc-Éric; il a toujours besoin d’argent. Il profite du faste, des plaisirs de la décadence, pour oublier les moments dégoûtants. Pour oublier la vie en général. Marc-Éric est inquiet. À trente ans, on lui a dit qu’il était trop vieux.

Les hommes défilent au-dessus de son corps à cœur de jour et de nuit. Abusant de son délirant besoin d’amour et de reconnaissance. Tous ces hommes ne regardent jamais au bord de ses yeux. Ils auraient le vertige. Ils verraient ce vide qui le torture à chaque instant. Marc-Éric prend sa revanche sur ce corps qui les attise. Des virées sur la cocaïne. Ses yeux sont alors désertés, son âme partie voir ailleurs où le monde est moins dur.

Marc-Éric habite à quelques rues de chez moi. Il ne porte pas ce nom. C’est l’ami d’un ami. Deux degrés de séparation. Il est passé devant moi sur le trottoir. Sa beauté est criante. Son regard vert a croisé le mien, comme une étoile filante. Je ne le connais pas, mais je l’aime bien. À l’entrée de la ruelle, des enfants crient en jouant une partie de hockey. L’un d’eux compte un but et élève les bras vers le ciel en riant.

Commentaires

C'est étrange, cela m'arrive également d'être charmé de cette manière. Sans allusions. Sans prétentions. Juste par sensations.

A très bientôt. C'est toujours un plaisir dévorant de te lire.

Écrit par : le mouch'ti-Que Je T'Aime | 07 mai 2006

le mouch'ti-Que Je T'Aime : C'est aussi un plaisir grisant de lire les commentaires. Je doute et je remets souvent en question la pertinence et l'intérêt de mes textes. Je suis vraiment heureux que tu t'y retrouves un peu et qu'ils te plaisent. Merci de ta visite.

Écrit par : P-Y | 07 mai 2006

Cela m'arrive aussi... A la seule différence que les personnages sont moins "polyvalents", moins riches, mais tout aussi touchant, attirant de par leur nature simple, souvent humble... et hétéro :/
Chacun a ses faiblesses!

Écrit par : evan | 14 mai 2006

Comme moi, j'ai toujours le malheur de tomber amoureux des hétéros!!! Arghhhhhhh ça me torture des fois. Même si j'ai réussi à en détourner un, les pourcentages ne sont pas terribles.

Bzit

Écrit par : la mouch-à-thé? | 15 mai 2006

Le nouveau quartier où j’habite est rempli de sublimes voisins, tous hétéros, évidemment. C’est quand même un plaisir pour les yeux. Je renonce à tenter de convertir. (Pour l'amour, on oublie ça!) Mais habituellement parmi les plus jolis, il y en a toujours quelques-uns qui trouvent autant de plaisir à se faire regarder que j’en ai à les contempler...

Écrit par : P-Y | 15 mai 2006

Oui... une chance qu'on a quand même le droit de regarder. Il nous resterait quoi, sinon ?

Merci à toi P-Y


Je continue à te regarder aussi... encore une année de tes textes pour arriver à aujourd'hui... attends... j'arrive :))

Écrit par : Fredesk | 08 mars 2007

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